Un soir de Mars 2017, Flavour, en voyage au Libéria, est interpellé par une jeune femme avec qui il a des liens plus ou moins étroits. Queen Juli, résidant au pays de Georges Weah, est artiste comme lui et lui souffle avoir une surprise pour lui :

– Je voudrais que tu m’accompagnes au Centre Culturel La paix. J’ai une merveille à te montrer. Tu veux bien ?…

        Flavour accepte de suivre son amie. Dans la salle où elle l’a entraîné, un petit chanteur se tient sur le podium. Chemise marron, pantalon et chaussures noirs, micro et canne dans les mains, le garçon, un adolescent, est timide au milieu du public.

        La star nigériane, les yeux derrière ses éternelles lunettes noires, a le regard concentré sur le tantinet qui se tient devant le micro, les yeux éteints et la voix en voie de s’allumer. Un enfant ! Non-voyant. La foule, émue devant la présence de l’auteur du titre à succès  »ADA ADA », retient son souffle. Connaissant les performances du petit et sa particularité à imiter majestueusement les chansons de Flavour, elle sent que des étincelles risquent de jaillir dans la salle. Surtout quand la maîtresse de cérémonie, tenant un micro, s’adresse au petit chanteur non-voyant dans un anglais solennel, à la façon d’une pasteure :

– Aujourd’hui est un jour spécial, parce que ton artiste préféré est dans la salle. M’entends-tu ? Flavour est là, en face de toi. Parmi nous. Il va t’écouter chanter. Montre-lui ce que tu as dans les tripes !…  

         L’enfant sur la piste s’appelle Semah Weifur. On vient de lui dire que son idole est présente. Le sourire qui lui traverse les lèvres est divin. Même ses yeux éteints donnent des éclairs. Émotion perceptible…       

         Au signal de l’orchestre, l’adolescent déclenche l’interrupteur de sa voix et tout d’un coup, une lumière jaillissant dans tous les regards et les cœurs en syncope. Il interprète  »MAMA », une chanson de Flavour avec la voix d’un ange. La mélodie est langoureuse, la voix, frêle, perçante et envoûtante. Flavour, tout de noir vêtu, ne peut s’empêcher de se lever. Il se précipite vers son petit sosie musical, s’accroupit à sa taille, et le serre fort contre lui, sous les vives applaudissements d’un public ému. Le garçonnet s’assoit sur la jambe fléchie de son démiurge comme sur un siège royal et chante tout en lui caressant la barbe, la tête, les bras… Les deux FLAVOUR, le grand et le junior sont enroulés. Le grand, qui n’a pas l’habitude de laisser découvrir ses yeux, ôte ses lunettes noires, comme pour s’imprégner à fond du moment enivrant qu’il est en train de vivre. Ses pupilles sont tout pétillants. Junior enchaîne sur un autre titre de son répertoire aux allures de gospel. Sénior est conquis, au bord des larmes. Subjugué, il fera d’ailleurs cet aveu : « J’avoue qu’il chante mes chansons mieux que moi ! ».

        Semah Weifur, non-voyant, dont le rêve ardent était de rencontrer Flavour, ne pouvait pas imaginer qu’au-delà de l’artiste, il venait de rencontrer surtout un père…

        Quatre mois après leur rencontre, Flavour et Semah Weifur sortent  »MOST HIGH », une collaboration musicale qui fait BOOM et qui trace au petit les sillons de la gloire. 

         Semah Weifur vit désormais au Nigéria, dans la spendide maison de son père adoptif heureux de l’ajouter au nombre de ses enfants. À côté de ses jumelles, la star Nigériane a aussi un garçon pétri de talent à qui il rêve de faire retrouver la vue comme ils le chantent dans leur titre commun : « Lord you are the most high. The miracle working God.

You make the BLIND man to SEE…»

        Une belle histoire qui montre qu’il y a encore dans ce monde des hommes dotés d’un humanisme extraordinaire ! MOST HIGH !

 

Louis-César BANCÉ