Madame Diallo Fanta Kaba: « Le 1er mari d’une femme c’est son travail ! »

Madame Diallo Fanta Kaba: « Le 1er mari d’une femme c’est son travail ! »

En République de Guinée, plusieurs femmes montrent leurs talents dans plusieurs domaines de la vie socioprofessionnelle. C’est le cas de madame Diallo Fanta Kaba, responsable Marketing and Communication à la Banque UBA en Guinée-Conakry. La Rédaction du Magazine Femmes Africaines est allée à la rencontre de l’une des 10 jeunes dames les plus influentes de la Guinée. Au cours de cet entretien, cette brave dame a bien accepté de nous parlé de son parcours et plusieurs sujets liés à ses activités.

Femmes Africaines Magazine : Bonjour madame Diallo, comment allez-vous aujourd’hui?

Mme Diallo Fanta Kaba : Bonjour !

Je vais très bien, par la grâce de Dieu. Une journée assez chargée et pleine de challenges mais cela rend les choses plus intéressantes, n’est-ce pas ? 
Tout à  fait. Avant de commencer, pouvez-vous nous parler de votre parcours professionnel ?
Depuis le 05 février 2018, j’ai rejoint la banque Panafricaine UBA, présente dans 19 pays, en tant que Head Marketing and Communication pour la Guinée-Conakry.

Avant mon entrée dans le monde bancaire, j’étais dans les télécommunications, notamment le grand groupe MTN où je travaillais depuis 2014, en qualité de Corporate Communication and Social Investment Manager.  Années pendant lesquelles je me suis impliquée dans la réalisation de projets d’investissements sociaux qui ont notamment mené à l’obtention de trois prix pour mon entreprise de l’époque (Most improved Opco, Best spirit, Innovation). Par ailleurs, lors de ma dernière année à MTN, j’ai été désignée, sans que je ne me sois présentée, Manager de l’Innovation Team, qui était en charge d’apporter des solutions innovantes à l’entreprise, tous domaines confondus.

Antérieurement, j’occupais le poste de Responsable Communication chez ETI, depuis 3 ans ; où je peux dire que j’ai réellement commencé ma carrière en Guinée. 
J’ai commencé à acquérir mon expérience professionnelle en France, avant mon retour dans mon pays d’origine; notamment pour la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité (HALDE), où j’œuvrais dans le combat pour que les personnes souffrantes de handicap physique ou mental, de couleur, d’une autre nationalité, etc. ne soient pas marginalisées.

 Beaucoup de femmes se plaignent des difficultés qu’elles ont pour concilier leurs vies de famille et leurs carrières.

Comment conciliez-vous ces deux domaines de votre vie qui semblent très importants ?


Effectivement, pour certaines, c’est assez compliqué, surtout dans le contexte guinéen; dans lequel votre entourage et la société en général, attendent beaucoup de vous. Et où une femme qui s’élève est potentiellement perçue comme une menace à l’harmonie et la hiérarchie familiale.

« Le 1er mari d’une femme c’est son travail ! »

Je remercie le Ciel que ces deux sphères de ma vie ne soient pas incompatibles.

J’ai été élevée par un père qui m’a toujours inculqué que l’instruction académique et plus tard la capacité à être indépendante n’avaient pas de prix. Je fais partie de cette génération de femmes dont les pères disaient :  » le 1er mari d’une femme c’est son travail ! » C’était les paroles d’un homme sage et il n’en a jamais démordu, bien qu’à l’époque j’en grinçais des dents (rires). Je peux dire que j’ai été formatée (rires) comme ça: étudier, étudier, étudier, apprendre de toutes les situations, savoir saisir les opportunités de la vie, donner le meilleur de moi. Il n’y a pas eu de différences entre mon frère et moi.

Avec une telle philosophie et la manière d’être qui me définit, il est impératif pour moi d’avoir une vie professionnelle enrichissante. J’ai beaucoup de chance d’être mariée dans une famille, les Diallo, qui est extrêmement ouverte d’esprit. Du coup mes aspirations de carrière ne rentrent pas en conflit avec ce qu’ils attendent de moi. Ils me poussent même à aller toujours plus haut et loin, sans s’attarder sur mes manquements domestiques. Tout est une question d’état d’esprit.

 En 2017, vous avez été sélectionnée comme l’une des 10 jeunes dames les plus influentes de la Guinée. Pouvez- vous parler de vos activités qui vous ont permis d’obtenir ce beau prix ?

Il s’agit d’actes posés pour la prise de conscience de la jeunesse guinéenne dans le processus de développement de nos communautés. J’ai été entourée par des collaborateurs valeureux et au grand cœur, avec qui j’ai parcouru les routes de la Guinée pour mettre en œuvre des projets de développement durable. Nos actions étaient le plus souvent axées sur l’éducation : permettre à des élèves du cycle primaire d’étudier dans des conditions décentes (salubrité, confection de tables et bancs, …), offrir du matériel informatique et numérique à des élèves sourds et muets pour leur permettre de ne pas être coupés du monde à cause de leur handicap, offrir des formations et du matériel didactique à des aspirants enseignants, etc…

 Ces quatre dernières années ont été riches en expériences de ce genre et je peux vous dire que lorsque l’on se retrouve témoin de la réalité de vie de certaines personnes, on en prend une belle leçon d’humilité. On apprend à remercier le Bon Dieu pour toutes les facilités qu’Il nous a accordées et on se donne comme mission d’apporter le peu de bien-être que l’on peut à autrui, en fonction de ses moyens.

Nous devons redistribuer une part de notre bonheur. Offrir un rayon de soleil à un enfant ou une personne marginalisée qui avait perdu espoir a le pouvoir de changer son quotidien car cela lui insufflera l’énergie pour continuer le combat de la vie.

Depuis 2017, nous assistons à une augmentation du nombre de femmes tuées suite aux violences conjugales. Quel est votre opinion par rapport à ces impunités ?

« Une vie n’a pas de prix! Les hommes qui cognent leurs femmes sont sans doute fort physiquement mais ils manquent en force d’esprit et d’âme car ils n’arrivent pas à dompter la colère et la violence en eux-mêmes et pire, sont obligés d’utiliser les coups au lieu du dialogue pour faire valoir leurs opinions ou directives ».  

 Cela me révolte au plus haut point. Une vie n’a pas de prix! Les hommes qui cognent leurs femmes sont sans doute fort physiquement mais ils manquent en force d’esprit et d’âme car ils n’arrivent pas à dompter la colère et la violence en eux-mêmes et pire, sont obligés d’utiliser les coups au lieu du dialogue pour faire valoir leurs opinions ou directives.  Ce qui est un signe de faiblesse.

Je pense que les parents des femmes victimes de ces meurtres, parce qu’il faut bien appeler un chat un chat, devraient arrêter de se taire, devraient arrêter de pardonner à ces hommes violents. Ceux-ci doivent répondre de leurs actes devant la justice! En s’en tirant aussi facilement, qu’est ce qui les empêchera de s’en prendre à une autre? Rien. Car ils seront persuadés qu’ils ne seront pas trop inquiétés. Il faut arrêter de couvrir des actes aussi horribles.

Mais bon ici, le poids de la société est tel, qu’il suffit qu’on se déplace en délégation pour vous demander pardon et que sous la pression familiale, en prenant la foi comme bouclier et on vous fasse malgré vous abandonner toute velléité de poursuites. Cela doit changer. Se taire ne rend service à personne.

 Selon vous, quelles sont les solutions que vous pouvez suggérer à notre gouvernement par rapport à ce phénomène ?

Si cela n’existe pas déjà, il faut mettre en place des numéros verts sur lesquelles les femmes pourront appeler à l’aide. Il faudrait que des cellules de gestion de violences conjugales existent, avec des assistantes sociales qui accueilleront les victimes en toute confidentialité. C’est très important. Certaines femmes ne cherchent pas d’aide car elles n’ont pas envie que l’on parle d’elles sur la place publique. Il faudrait que la police soit formée pour intervenir dans ce genre de situation sans partir sur le principe que de toute façon un mari a le droit de corriger sa femme.

Des campagnes de sensibilisation doivent être faites par tous les canaux possibles pour faire comprendre aux gens qu’il faut briser le silence, qu’il faut réclamer que justice soit faite, que nos sœurs n’ont pas à subir ça et qu’il n y a AUCUNE honte à sortir d’un mariage violent. Certaines victimes de violences conjugales ont peur de plier bagages car elles n’ont pas de moyen de subsistance. Elles endurent car partir équivaudrait à un retour dans la misère.

Et ça, le mari le sait bien et en joue. Il se croit tout puissant. Il faudrait tout mettre en œuvre pour faciliter et promouvoir l’accès à l’éducation pour les filles, afin qu’elles puissent être autonomes et maîtresses de leur avenir.

Un conseil aux femmes guinéennes, africaines et du monde ?

Ne laissez personne vous dire que vous n’êtes pas à la hauteur! Jamais! Ayez confiance en vous et brillez dans vos domaines respectifs. 
Une belle femme fait tourner les têtes mais une femme intelligente ou qui maitrise son art à bien plus d’impact!

 
Nous te remercions de nous avoir accordé cet entretien et nous vous souhaitons une très belle réussite dans votre carrière et vos activités humanitaires.

Ce fut un plaisir! Merci.

Propos recueillis par :

Aicha Kallo 

Djenabou Balde