Culture : Miriam Makeba, une voix légendaire : biographie, parcours, succès, combat.

Culture : Miriam Makeba, une voix légendaire : biographie, parcours, succès, combat.

Miriam Makeba naît le 4 mars 1932, dans le township près de Johannesbourg. Son père est instituteur, issu de l’ethnie Xhosa, sa mère est une domestique dont la famille est issue de la population Swazi. Prénommée « Zenzi », diminutif d’Uzenzile, qui signifie « Tu ne dois t’en prendre qu’à toi-même », elle n’a que quelques jours lorsque sa mère est emprisonnée, avec elle, durant six mois pour avoir fabriqué de la bière afin de subvenir aux besoins de sa famille. Son père meurt lorsqu’elle a six ans.

En 1948, les nationalistes afrikaners gagnent les élections. C’est le début de l’apartheid. Makeba épouse James Kubay en 1950. À 17 ans, elle accouche de sa fille Bongi et est diagnostiquée d’un cancer du sein ; elle est traitée de manière non conventionnelle mais avec succès par sa mère. Son mari la quitte peu de temps après, et ils divorcent en 1952.

À 20 ans, Zenzi Makeba, bonne d’enfants puis laveuse de taxis, vit seule avec sa fille Bongi et sa mère. C’est là qu’elle commence à chanter, presque par hasard, avec les Cuban Brothers, puis devient choriste du groupe Manhattan Brothers en 1952, qui lui donne son nom de scène, Miriam. Si elle devient très rapidement une vedette, elle se sert de son nouveau métier pour dénoncer le régime de l’apartheid et les conditions de vie misérables du prolétariat noir. En 1956, elle écrit son plus grand succès, la chanson Pata Pata, avec laquelle elle fait le tour du monde (elle sera par exemple reprise en français par Sylvie Vartan sous le titre Tape Tape en 1980). L’enregistrement le plus le connu de la chanson a été effectué sous la direction de Jerry Ragovoy en 1967.

En 1959, elle joue dans une comédie musicale dont les représentations tournent dans tout le pays et sont un grand succès, King Kong. Mais elle est surtout contrainte à un exil qui durera 31 ans, en raison de son apparition dans le film anti-apartheid Come Back, Africa du cinéaste américain Lionel Rogosin. Ses disques sont également retirés de la vente en Afrique du Sud. Elle épouse Sonny Pillay la même année. Lorsque sa mère meurt en 1960, elle ne peut assister à ses obsèques, du fait de son interdiction de séjour en Afrique du Sud. C’est avec un passeport français qu’elle reviendra en Afrique du Sud à la libération de Nelson Mandela, emprisonné avec la plupart des dirigeants du Congrès national africain (ANC) au pénitencier de Robben Island.

En 1965, elle épouse son ami de longue date, le musicien sud-africain, Hugh Masekela avec qui elle divorce en 1966.

Elle ne cesse de prononcer des discours anti-apartheid et d’appeler au boycott de l’Afrique du Sud devant les Nations unies. Elle reçoit de nombreux soutiens, dont ceux de Kwame NkrumahAhmed Sékou TouréAmílcar Cabral ou encore Eduardo Mondlane. Elle chante en zoulou, en xhosa, en tswana, en swahili et en arabe (Ana hourra fi aljazaier pendant les Jeux africains de 1978 à Alger en Algérie). Ses mélodies chantent la tolérance et la paix. Elle vit aux États-Unis (où elle s’engage avec le mouvement des droits civiques contre la ségrégation raciale), en Guinée, en Europe et devient un des symboles de la lutte anti-apartheid. En Tanzanie, l’enthousiasme avec lequel le président Julius Nyerere lui remet un passeport lui donne pour la première fois cette impression de ne pas être une Sud-Africaine mais d’être une Africaine.

En 1966, Makeba reçoit un Grammy Award pour son disque An evening with Harry Belafonte and Miriam Makeba et devient la première Sud-Africaine à obtenir cette récompense. Son mariage en 1969 avec le militant des droits civils afro-américain Stokely Carmichael, chef des Black Panthers, lui cause des ennuis aux États-Unis. Elle s’exile à nouveau et s’installe en Guinée.

En 1977, elle participe au FESTAC 77, un festival des cultures et arts noirs et africains qui se tient à Lagos, au Nigeria, et réunit près de 60 pays.

Elle se sépare de Carmichael en 1978 et en 1980, dans ce pays où la polygamie est légale, devient la deuxième épouse de Bageot Bah, un Guinéen influent, directeur à la Sabena. Elle reprend ses tournées internationales, notamment avec le Ballet de Guinée. En 1978, lors des Jeux panafricains d’Alger, elle interprète en arabe la chanson Ifriqyia.

Après la mort du président guinéen Ahmed Sékou Touré, le coup d’état de Lansana Conté en 1984, et la mort de sa fille Bongi, en 1985, des suites d’une fausse couche, Miriam Makeba part vivre à Woluwe-Saint-Lambert, dans la banlieue de Bruxelles[9]. Poursuivant ses engagements, elle consacre des chansons à Patrice LumumbaAhmed Sékou TouréMalcolm X ou Samora Machel.

En 1987 Miriam Makeba rencontre à nouveau le succès grâce à sa collaboration avec Paul Simon dans l’album Graceland. Peu après, elle publie son autobiographie Makeba: My Story.

Miriam Makeba est décorée par la France au titre de Commandeur des Arts et Lettres en 1985 et devient Citoyenne d’honneur 1990. En 1990, Nelson Mandela la persuade de rentrer en Afrique du Sud. En 1992, elle interprète le rôle de la mère (Angelina) dans le film Sarafina ! qui raconte les émeutes de Soweto en 1976. En 2002, elle obtient le Prix Polar Music  (la même année que Sofia Goubaïdoulina).

Miriam Makeba a toujours rêvé d’une grande Afrique unie. Pour son pays, elle exhortait ses frères noirs au pardon : « Il faut nous laisser grandir. Les Noirs et les Blancs doivent apprendre à se connaître, à vivre ensemble. »

En 1999, Miriam Makeba a été nommée Ambassadrice de bonne volonté de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

Elle annonce en 2005 qu’elle met fin à sa carrière, tout en continuant à défendre les causes auxquelles elle croit. Elle décède le dimanche 9 novembre 2008, à l’âge de 76 ans, à Castel Volturno (Province de CaserteItalie) des suites d’un malaise, à l’issue d’un concert de soutien à l’auteur de GomorraRoberto Saviano, traqué par la Camorra.

Le Prix international Miriam Makeba récompense la créativité artistique dans le continent africain.

Amadou Diaby

amadoualphamariamadiaby@gmail.com

620-478-154

LA RÉDACTION

Related articles