Dans le contexte des perceptions sociologiques qui sont celles de la Guinée, c’est une prouesse que notre reporter et collaboratrice, Aminata Kouyaté, a réussie avec cette confession intime que nous vous proposons. Révoltée par ce que subissent de nombreuses Guinéennes et supportant de moins en moins l’omerta qui entoure ces drames individuels, elle a réussi à convaincre l’auteure de cette confession, de partager son histoire, du reste pleine d’émotions et d’enseignements. Les 25 ans révolus, Aïcha Diallo (nous l’appelons ainsi pour le besoin de cette publication) est une jolie fille, avec son teint noir d’ébène. Soutenue par sa veuve de mère, elle est titulaire d’une Maîtrise en Sociologie. Éduquée selon une certaine tradition puritaine et plutôt fière de ce qu’elle pense être son « bon niveau » de formation, elle s’était intérieurement promis de ne jamais monnayer ses atouts physiques. Mais comme vous le comprendrez à la fin de ces propos qu’elle a confiés à notre reporter, elle a fini par descendre de ses grands chevaux. Hélas !

Résister au premier

L’histoire que je m’apprête à vous raconter  est mon pire cauchemar. En fait, j’ai toujours perçu avec une certaine appréhension les rapports patron-employée ou professeur-élève,  et ainsi de suite. Et c’est peut-être ce qui a fait que j’ai fini par céder aux avances de mon patron. Mais que d’opportunités perdues avant que je ne me rende à l’évidence.   

Je suis diplômée en Sociologie. Il y a de cela plusieurs années, je travaillais pour une compagnie de la place. C’est à l’issue d’un concours que j’ai été retenue. Mon responsable m’a d’abord proposé d’être son assistante. Proposition que je me suis empressée d’accepter avec beaucoup de joie.  Après quelques mois de collaboration, mon patron a commencé à me faire des avances que j’ai tout naturellement ignorées. Sans le savoir, cet impertinent refus allait se traduire en véritable calvaire pour moi dans le service.  En effet, depuis ce refus, des problèmes ont commencé entre lui et moi.  Il trouvait toujours des prétextes pour me crier dessus, me gronder, m’humilier et me rabaisser. Mais j’ai tenu bon. Réalisant que je ne craquais pas, il est passé à l’étape supérieure qui consistait à me priver de travail.  J’étais dans le bureau, mais on ne confiait rien. Quand il y avait des formations ou des missions de terrain, il préférait se rabattre sur les stagiaires. Juste pour m’énerver. En fait, tout le bureau savait ce qui se passait entre nous. N’obtenant pas gain de cause, il m’a renvoyée sans ménagement.

Succomber face au second

 Après ce service, je suis restée presque deux ans sans boulot.  A partir d’un appel d’offre, j’ai eu un autre emploi. Mais comme s’ils s’étaient donné le mot, quelques mois après ma prise de fonction,  mon nouveau patron aussi a commencé à me faire des avances. Ce fut d’abord avec un coup de téléphone pour me féliciter de la qualité de mon travail. Ensuite, ce fut avec des échanges de textos qu’il justifiait par la nécessité de mieux me connaître puisque nous travaillons désormais ensemble. Enfin, est arrivée la phase des invitations que j’ai déclinées poliment. Mais il a insisté. J’étais désorientée et n’arrêtais pas de me poser toutes sortes de questions

Pourquoi moi ?

Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter une telle malédiction ?

Perdrais-je cet autre boulot ?

Au bout d’un certain temps, j’ai décidé d’en parler à un ami pour requérir ses conseils quant au choix à faire. Il m’a suggéré de tenir bon et de ne pas céder. Mais se voulant franc, il a toutefois attiré mon attention sur le fait que je risquais de perdre  le boulot. Estimant que le dilemme n’était pas encore résolu, j’en ai aussi parlé à mes copines dont la réaction aura globalement été la suivante :

« Pourquoi n’en profites-tu pas ? C’est comme ça que nos amies nous ont laissées.  En plus, toi-même tu connais ta situation. Si tu perds ce boulot aussi, qui va te soutenir ? Tu n’as pas vu notre amie qui est sortie avec notre directeur à l’université ? Elle est de loin en avance sur nous, parce qu’elle sait profiter des opportunités. Et nous qui nous promettions de faire les choses selon une certaine morale, où en sommes-nous ? Ça ne nous mène nulle part« 

Après cet avis des plus réalistes et une petite réflexion, j’ai cédé aux avances. J’ai bien entendu gardé le boulot, mais je regrette encore d’avoir cédé. Parce que je ne suis pas du tout fière de moi. Je ne cesse de me dire que si j’avais accepté de perdre ce boulot, Dieu m’aurait peut-être fait rencontrer un patron qui me recruterait pour mes compétences réelles, et non pas parce que je suis une fille.

Cette histoire-là est celle d’Aïcha. Son plus grand mérite est d’avoir osé la partager. Car dans les faits, ce sont des milliers, sinon des millions de Guinéennes qui, sans broncher, endurent en cette violence insidieuse que l’on nomme harcèlement. A l’école, dans les services publics et privés, bref dans toutes les activités de la vie socioéconomique, des machos profitant de leur position ou de leurs richesses, exploitent ainsi de manière éhontée la pauvreté des femmes et les soumettent à leur guise.

Aminata Kouyaté pour ledjely.com

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