Aboubacar Camara est un Entrepreneur Social. Le spécialiste de l’eau, l’hygiène et l’assainissement. Passionné par des questions d’innovation adaptées au contexte local, il a su se démarquer.  C’est avec beaucoup d’enthousiasme que nous allons en savoir sur lui et ses objectifs.  

Avez-vous déjà entendu parler de l’ONG Tinkisso ?  Monsieur Aboubacar CAMARA y travaille.

A la découverte de cette autre Fierté guinéenne.

Quels sont les objectifs de Votre ONG :

Créée en 2007 à Dabola, Tinkisso est une organisation à but non lucratif qui fait partie des Organisations de la Société Civile qui accompagne l’État dans l’atteinte des objectifs du millénaire pour le développement durable (OMD et ODD).

Elle déploie des stratégies de marketing Social dans les domaines de la Santé surtout des cinq (5) maladies tropicales négligées, de l’Hygiène et de l’Assainissement pour promouvoir des produits de santé, des services et un comportement sain qui permettent aux personnes à faible revenu et vulnérables de mener une vie plus saine.

 Les activités menées dans le cadre des différents programmes de Tinkisso s’étendent sur toute l’étendue du territoire et sont appuyées par différents bailleurs.

L’organisation permet aux personnes vulnérables de mener une vie plus saine.

Quelles sont les valeurs de Tinkisso :

  • Mesurer : Des données probantes des recherches, des indicateurs et des évaluations qui éclairent nos choix.
  • Pragmatisme : Nous visons l’excellence, tout en reconnaissant que les concepts d’utilité et d’efficacité sont préférable à celui de la perfection.
  • Honnêteté : Nous agissons avec intégrité, partageons nos succès et reconnaissons nos échecs.
  • Engagement : Nous renforçons les capacités locales et les programmes de façon durable. Les projets catalytiques n’ont pas de place chez nous.
  • Collaboration : Le partenariat actif génère des résultats décisifs.
  • Confiance : Nous avons confiance en la capacité de nos collaborateurs à prendre les bonnes décisions.

Pourquoi investissez-vous dans l’Autre :

Nous ne sommes plus dans une économie de rattrapage, comme c’était le cas à la sortie de la Seconde Guerre mondiale.

Une économie dans laquelle nous avions besoin de rattraper le niveau de demande, le niveau de vie, et plus généralement de rattraper le niveau de PIB par habitant des pays qui n’avaient pas été confrontés à la guerre de la même manière que nous.

Nous sommes entrés, depuis les années 1980, dans une économie de l’innovation.

La croissance est bien sûr toujours dépendante de la dynamique de la demande, mais elle l’est aujourd’hui au moins autant de la dynamique de l’offre. Or, cette dernière vient précisément de la capacité d’innovation et de la recherche et développement.

Le progrès technique, la créativité, le développement de nouvelles technologies, ou encore la création de nouveaux marchés, sont cruciaux. Dans une économie de l’innovation, la connaissance est au cœur de la compétitivité. C’est pourquoi cette nouvelle croissance n’est atteignable qu’à travers un fort investissement dans le capital humain.

Je vous explique ceci : La Jeunesse Guinéenne a un choix à faire.

  • Attendre un concours d’État après un bac+5: sachant que tu as 1/1000 chances de t’en sortir victorieux.
  • Attendre un emploi sans agir sachant que tu as 30% à peine de chance qu’on te retienne et que cette chance diminue considérablement quand tu prends de l’âge.
  • Et prendre les taureaux par les cornes en créant des emplois.

Oui, on se pose souvent la question de savoir dans quel secteur d’activité !?

On formule souvent mal la question. Il s’agit de savoir ici les problèmes auxquels on doit apporter des solutions et transformer les solutions en opportunités d’affaires.

Il s’agit avant tout d’être un membre actif de la société. Pour cela les gens ont besoin d’éclaireurs, de personnes en qui ils croient, rien n’est miraculeux, il suffit d’aider les gens à trouver la meilleure version d’eux même.

Je me dis tous les jours que si je veux atteindre mon but, il faut forcément que mon entourage et ma communauté comprennent les enjeux. Et pour cela, il faut former, éduquer,  partager ensemble et comprendre ce qui a marché ou ce qui n’a pas, dans le but de créer un meilleur environnement pour les futures générations.

Pouvez-vous nous présenter la TinkLov :

Vous savez la flore vaginale et vulvaire est constituée de bactéries protectrices. Cet équilibre fragile doit être respecté. Aussi, un excès ou un défaut d’hygiène peut la perturber et entraîner des infections.

Malheureusement chez nous en Guinée, la sexualité est tabou et rares sont les femmes qui ont accès à ces produits d’hygiène car retrouvés en pharmacie ou dans certaines boutiques est un luxe. L’hygiène n’est pas un luxe mais un comportement et une éducation.

Après avoir passé des années sur le terrain, nous pensons qu’il faut briser cette chaîne et mettre à la disposition des femmes des produits accessibles à tous.

Voilà pourquoi, depuis trois ans nous travaillons avec une agence américaine pour trouver des produits adaptés au contexte local.

Il ne s’agit pas de produit de vente simple. Nous allons l’intégrer dans le Marketing Social avec une vraie campagne de sensibilisation sur l’utilisation de ces produits mais aussi amener les hommes à s’impliquer dans l’hygiène de leur femme.

Aujourd’hui rares sont les hommes qui achètent des produits de beauté pour la femme qui a pourtant énormément besoin d’entretenir son corps. Tout est question d’éducation et de culture.

Nous avons investi dans l’émancipation de la femme au cours de ces 50 dernières années mais malheureusement personne n’a pensé qu’au cours de ce travail difficile, il fallait aussi éduquer les hommes à accepter ce changement de mentalité.

 Quels rêves avez-vous pour votre pays :

Il est permis de rêver, réellement ou non car c’est gratuit dit-on!
Je rêve que tous les enfants aient les mêmes chances d’accéder à l’éducation et une éducation qui tient compte de nos réalités pas ce que nous nous avons vécu, du copier-coller.
Un pays ne peut pas Émerger sans justice, il faut une justice pour tous et non sélective.Concernant la gestion de la chose publique, je rêve d’un pays où la participation de la Femme est à priori acquise.

Donnons la chance aux Femmes de diriger ce pays, elles sont moins corruptibles que nous les hommes.

Généralement tout ce que nous cherchons, c’est pour le ventre et le bas ventre (faire plaisir aux Femmes). Maintenant si elles sont les garantes de ce plaisir, les hommes seront moins sous pression.

Êtes-vous activiste :

Non je ne suis pas un activiste, ce concept appartient à l’Occident, lorsqu’on aura une Société Juste qui tient compte de la préoccupation de tous, on a aura pas besoin d’activiste.

En Afrique le concept est mal compris car souvent, ils passent la plus part de leur temps à critiquer pour certains, et d’autres sont à la solde de l’État pour défendre vaille que vaille le système tout au détriment d’une population analphabète à plus de 80%.

Je pense que si les activistes déployaient 20% de leur énergie à formuler des pistes de solutions dans leurs quartiers, communes et associations, on n’en serait pas là.

Ils pouvaient apporter beaucoup de pistes de solutions à ce jour. Quand je prends les communes aujourd’hui, leur gestion est autonome, donc étant quelqu’un qui défend une cause juste et noble, je propose des solutions ou apporte des solutions. Mais on ne peut pas être activiste sur papier, ça n’a aucun sens. Je ne suis pas un activiste moi.

Que pensez-Vous de cette affirmation de Kofi Annan :  » Vous n’êtes jamais trop jeune pour diriger et jamais trop vieux pour apprendre  » :

Oui Koffi ANNAN a raison.
L’un dans l’autre tout est question d’éducation et de vison je crois.Ouvrir les yeux chaque matin après un sommeil profond ne suffit pas, il faut se poser des questions sur le but de notre existence pour nous réveiller.

Chacun est là pour un but et tant que tu ne le trouves pas, t’aura forcément des doutes sur tout ce que tu entreprendras au quotidien, au final sans repère, tu deviens haineux, méchant et un mal être profond s’installe en toi.

Parfois je dis aux jeunes; Si tout est la volonté de Dieu, pourquoi pries-tu pour que sa volonté change ?Tu crois au paradis céleste, pourquoi pries-tu pour vivre longtemps sur terre ?
Il faut être curieux, il faut aimer apprendre.

Avez-vous un message pour terminer :

L’être humain n’est rien en dehors de son identité culturelle, car en définitive, tout se ramène à son identité culturelle.

Notre culture c’est ce qui nous distingue des autres groupes humains. C’est notre esprit de civilisation; notre vision du monde, notre manière de penser, de parler, de vivre et d’agir en communauté.

L’Asie s’en est sorti de la misère par le strict respect de son identité culturelle. Pourquoi pas nous en Afrique ! Oui nous sommes capables de nous relever et de nous remettre sur notre piédestal perdu face au reste du monde en sortant de l’amnésie collective et en retournant à notre culture négro-africaine…

Tout le problème de l’Afrique et de la jeunesse réside là.

On ne pourra jamais se développer si on n’intègre pas la dimension culturelle dans tout ce que nous apprenons. Il faut que les jeunes se cultivent et se nourrissent de leur Origine. Sans cela, tout est perte de temps.

Revenir à sa Culture insiste l’Entrepreneur Social Aboubacar CAMARA. Femmeafricaine termine cette interview par ce proverbe Africain qui dit : « Un homme sans Culture ressemble à une Zèbre sans rayures. »

 

Ébène Baloka